21:35
Fédération mauritanienne de football (FFRIM) : La fédé dépense-t-elle tout ce qu’elle reçoit ?
Acculé par les médias sportifs nationaux qui semblent s’être focalisés depuis un certain temps sur la gestion de la fédération mauritanienne de football (FFRIM) qu’il dirige, le président Ahmed Ould Yahya a organisé dimanche 31 mars 2013 une tournée « Portes ouvertes » à l’intention d’un groupe de journaliste sportifs.
Furent visité, les différents bureaux du siège de la fédé, pour montrer l’équipement acheté et les structures administratives créées, l’aile flambant neuf qui abrite désormais la Ligue régionale de football de Nouakchott avec ses magasins d’équipements et de matériels, le nouveau chantier en construction qui abritera le futur siège de la fédération, ainsi que le bâtiment, abritant le dortoir et le réfectoire de l’Académie de football.
Les arguments de Ould Yahya
Face aux journalistes, le président Ahmed Ould Yahya est revenu sur le bilan de la FFRIM, montrant preuve à l’appui que l’Etat mauritanien ne verse qu’une subvention annuelle de 221 millions d’UM, assez insuffisant selon lui pour couvrir les charges, comparés par exemple à ce qu’un pays pauvre comme le Niger, dont le Secrétaire général de la Fédération de football était présent, accorderait à ses équipes nationales, soit l’équivalent en francs Cfa de plus d’1 Milliard d’UM.
Selon Ould Yahya, tout l’argent reçu par la FFRIM est directement et entièrement destiné au football, niant au passage toutes les allégations de détournement dont son équipe est accusée. Il a mis en exergue les nombreuses innovations qu’il a apportées, notamment l’organisation régulière d’un championnat national de 1ère division à 14 équipes, d’une coupe nationale, la création et l’équipement des ligues régionales, la participation à 32 compétitions internationales contre zéro en 2011, l’organisation d’un championnat de seconde division et d’un autre pour les moins de 17 ans.
Les charges liées au fonctionnement de toute cette machinerie administrative et technique sont telles, selon lui, que la FFRIM a été déficitaire en 2012 de 90 Millions d’UM.
Dans un monde du football où les moyens sont les seuls garants du succès, Ahmed Ould Yahya trouve que les journalistes devaient plutôt plaider auprès de l’Etat pour une plus grande prise de conscience de ses responsabilités dans l’essor du football en y injectant encore plus de moyens financiers, que de tirer sur la fédération à tous les coups. Si l’équipe participe ou ne participe pas à une compétition internationale relève, dira-t-il en substance, de la seule responsabilité de l’Etat.
Le football étant l’affaire de tous, le président Ahmed Ould Yahya a convié la presse à participer au rayonnement du football national et de ses joueurs, plutôt que de chercher constamment des poux à la fédération, ce qui d’après lui rend plutôt service aux organes concernés de l’Etat qui peuvent dormir sur leurs lauriers avec un tel bouc-émissaire.
Des interrogations persistent
Seulement, beaucoup ont battu en brèche les arguments de la fédération, toujours liés aux manques de moyens. D’abord, l’équipe nationale de football serait totalement prise en charge par le ministère des Finances en termes de billets d’avion pour les déplacements internationaux. C’est également le Ministère des finances qui prend entièrement en charge les équipes visiteuses, l’équipe nationale de Mauritanie en cas de matchs à l’extérieur étant entièrement prise en charge par le pays hôte (hébergement, restauration, transport et sécurité).
Seules les primes des joueurs en cas de victoire ou de nul sont supportées dans ce cadre par la FFRIM. En définitive, les plus grosses charges de la fédération peuvent se résumer aux équipements des joueurs, les primes de match et la valise médicale. Les clubs locaux se prennent entièrement en charge aussi bien pour les compétitions nationales qu’internationales. Mieux, ils sont obligés de prendre totalement en charge le représentant de la fédération, chef de la délégation et un arbitre.
Parmi les autres charges de la fédération, les subventions accordées aux clubs, qui ne sont pas en général importantes, ainsi que leur équipement, plus l’aide attribuée aux ligues régionales. Il faut souligner ici que la fédération ne paye pas en général les arbitres, les recettes des matchs couvrant souvent ce volet.
En matière d’infrastructures à gérer, la FFRIM n’a qu’un seul stade, celui de la Capitale, le stade Olympique relevant de l’Etat et les autres stades départementaux ou régionaux, étant de la compétence des inspections de la Jeunesse. Au niveau des compétitions nationales, les équipes se prennent en charge, même pour le transport, d’où les nombreux forfaits pour manque de moyens de déplacements.
En retour, la FFRIM dispose d’une large panoplie de sources de financement, en premier celui qu’elle reçoit de la FIFA. Hormis les 250.000 dollars affectés aux fédérations (certes la nouvelle fédération n’a pas encore bénéficié de cette subvention, bien qu’elle soit en cours), la FFRIM a reçu en 2012 près d’1 Million de dollars pour la construction du nouveau siège (un marché attribué de gré-à-gré à un ancien membre du bureau exécutif), et près de 500.000 dollars U.S du fonds d’assistance pour l’Académie.
En 2012, la FFRIM n’aurait pas bénéficié du Projet Goal, mais il reste une source potentielle d’appui. Il faut citer aussi ce qu’elle doit recevoir en principe du Comité Olympique et de la Solidarité Olympique, de la Confédération africaine de football et de la Fédération Arabe des Clubs, sans compter les sponsors, la Mauritel (50 Millions d’UM par an) et la Mattel (environ 30 Millions d’UM pour la Coupe du Président).
Avec tout cet argent, les sportifs se demandent encore comment la FFRIM peut invoquer le manque de ressources, bien que le travail qu’elle mène jusque-là soit considéré comme l’un des meilleurs parmi tout ce qui a été entrepris par ses prédécesseurs.
Cheikh Aïdara