Cridem

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05-01-2013

19:28

Africa race : à l’est des dunes…

On est enfin dans la vraie Mauritanie, un terrain redoutable mais sublime, dans le monde entier, quand c’est un beau désert, on dit « On se croirait en Mauritanie », y compris sur l’épreuve sud-américaine qui part ces jours-ci dans une joyeuse ambiance de Tour de France! Etape costaud qui a vu un duel Dubois-Fontyn à moto et en auto/camions, un autre duel entre géants, Schlesser contre un camion Kamaz déchaîné!

De Chami à Akjoujt, 437 km de spéciale dès la sortie du bivouac, puis encore 211 km de goudron pour aller faire dodo, 648 km au total. Voici la présentation qu’en fait René Metge, directeur de et traceur de la course.

« Bien qu’étant rapide dans son ensemble, cette septième étape plutôt longue commence de façon intense puisque les trente premiers kilomètres de la spéciale sont composés de franchissements de dunes et de navigation faisant la part belle au pilotage et surtout à la navigation qui reste importante jusqu’au kilomètre 72. Ensuite, malgré quelques changements de cap importants et de passages empierrés, la piste est belle et agréable sur près de 200 kilomètres.

La deuxième partie du parcours est plus sportive avec une petite portion d’une quarantaine de kilomètres en hors piste composé de dunes, d’herbes à chameaux et de quelques franchissements. Après ce passage où pilotes et navigateurs auront été mis à contribution, il reste à peine 100 km d’une piste bien sympathique, alternant les passages sablonneux, empierrés et très ensablés pour rejoindre Azougui, village situé à une dizaine de kilomètres d’Atar. Un col comportant une piste très molle au début et très empierrée vers le sommet est l’ultime difficulté de la journée.

Une fois en haut, les participants en prendront plein les yeux avant d’entamer une descente très ensablée pour rejoindre ensuite l’arrivée sur une belle piste sablonneuse. La liaison vers le bivouac d’Akjoujt, où le rallye restera deux jours, sera là encore l’occasion d’admirer les splendeurs de la Mauritanie, notamment dans la montée du magnifique col de Tenzak. »


Sur la carte, 700 bornes en Mauritanie, ça fait un tout petit bout du pays. La spéciale en rouge, la liaison en noir…

7h45 : Les motos sont lâchées dans l’ordre du scratch d’hier, avec Martens en ouvreur, qui est aussi en tête au général et risque très gros s’il se perd aujourd’hui.

D’accord, il ya les traces des ouvreurs, passés la veille… Quand même, il y a largement de quoi perdre ses moyens…

Puis c’est Dubois, battu au sprint à l’arrivée la veille, Fontyn et Frauwallner. Au bout de trois km, et on rappelle qu’il y en a 437 à se farcir, trois de ces motos sont déjà enlisées, calées, tombées, pilotes qui soufflent comme des cachalots pour pousser les motos en haut de la dune. C’est sûr que la dune à moto, je l’ai écrit, quand on est dans le jus, c’est comme être une libellule mais cueillis à froid au petit matin, faut être… jeune et en bonne santé!

René Metge a dit que le cordon de dunes durait trente kilomètres ça n’a l’air de rien trente malheureuses bornes, mais si on vous demandait d’aller de la Place de l’Etoile à Roissy avec une moto sur le dos, vous en feriez une tronche chers lecteurs persifleurs…

Martens, Dubois et Fontyn réussissent quand même à avancer de façon assez régulière. Arnoult et Frauwallner s’accrochent au wagon. Quand la sortie des dunes pointe le bout du plat, Guillaume Martens est devant, à deux bornes de Dubois et Fontyn. Délivrance! La situation est moins claire ailleurs.

Il ya encore dans les dunes un paquet compact de motos, une quinzaine, alors que les tenors du rallye et quelques suiveurs s’en sont sortis: Martens, Fontyn, Dubois, Frauwallner, Pelzmann, Arnoult. Et ces ténors là sont maintenant sur une vraie piste, mauritanienne tout de même, donc sableuse mais une piste, sur laquelle rouler à moto est un plaisir, on dépasse souvent les 120 km/h. Deux cent km de piste, en direction d’ Atar, très haut lieu du vrai Paris-Dakar.

Oasis, aéroport, c’est la ville touristique la plus importante du pays. Un truc étonnant, la sublime palmeraie de la ville a été menacée, limite détruite par les pucerons dans les années soixante et c’est en lâchant massivement des coccinelles que l’on a éradiqué le problème… Mais avant d’arriver au paradis, il ya encore un paquet de vacheries et de paysages sublimes à passer.

Dubois a rejoint Martens en tête, un duo à priori pas con, qui va vite et qui sait, grâce à Martens, avoir la sagesse du navigateur hollandais…

Fontyn malgré un arrêt que nous qualifierons de technique, se joint au duo. Frauwallner, le suiveur, n’est pas très loin non plus… D’ailleurs, le suiveur en question montre qu’il sait aussi rouler, il est juste derrière Dubois… Mais il n’est guère dangereux au classement général, il est à trente heures après de grosses pénalités pour panne et non passage de la ligne d’arrivée dans les spéciales précédentes.

Cela permet aux concurrents qui réussissent à rattraper le rallye de reprendre le départ et d’arriver à Dakar, fût-ce au prix de pénalités importantes. Dubois, c’est habituel au tiers de spéciale, prend la direction des opérations. Navigation moins difficile, pilotage impérial, Norbert est dans un bon (début de ) jour…

Norbert Dubois 

Il est à un gros tiers de la spéciale et a 25 km d’avance sur le groupe Martens-Fontyn-Frauwaller-Pelzmann-Arnoult! Il s’arrête au ravitaillement, Frauwallner, Fontyn, Martens l’ont rejoint. Mais le temps d’arrêt est obligatoire et Dubois redisparaît à l’horizon. Il longe la voie ferrée unique qui relie la côte à la mine de fer de Zouerate, les trains interminables ont des centaines de wagons! Encore une image culte du vrai Paris-Dakar!

Un trait de fer au milieu d’un nulle part absolu, le long duquel se sont battus Auriol et Neveu à moto dans les années quatre-vingt! Souvenir, souvenir… et frissons! C’est ensuite que l’on repique vers le sud, Schlesser double Dubois qui va donc bénéficier de traces à priori rassurantes… Puis arrive ce que les grecs anciens appelaient le chaos. Tout est dans tous les sens, ce n’est plus un terrain, c’est un champ de mines!

Dubois roule à 9km/h!

Il est en compagnie de Schlesser et de Shabirov. Fontyn est quatre minutes derrière. Mais on passe la vacherie et on met du gaz, Fontyn est toujours derrière Dubois mais il a mieux passé le gros tas de franchissement. Et à l’arrivée, que Dubois passe en premier, impossible de savoir de façon précise, l’Iritrack n’est pas un chrono, si Fontyn, qui passe seconde moto, a réussi à gagner le scratch.

En tous cas ce qui est sûr, c’est que Martens n’est plus en tête au classement général, il est à dache quand Dubois et Fontyn passent l’arche d’arrivée. Jean Louis Schlesser est parti en ouvreur de la catégorie après sa magnifique victoire de la veille. Le tracé de la piste fait un gros crochet par le nord que le buggy coupe, on se rend compte à bord que cela ne cadre pas avec le raod book on repasse par le départ.

Du temps perdu, équipage pris à froid… Et il se retrouve derrière Van Cauwenberge et le camion de Shibalov. Les Russes roulent comme s’il n’y avait pas de dunes!

En fait tout ce beau monde sort du premier piège de la journée sans problème et fonce sur la piste qui suit, Schlesser poursuit le Kamaz, le camion roule à 150 km/h, le buggy à 190! Pelichet suit, deux minutes derrière Schlesser…

Un vrai truc de ouf! Une heure après le début de course, Schlesser passe le Kamaz de Shibalov, camion qui doit être, au pif, premier ou second du scratch à ce moment précis. Dix minutes plus tard, le buggy bleu a passé Van Cauwenberge et se retrouve en ouvreur, mais sans poussière. D’ailleurs, Van Cauwenberge s’arrête et qui roule derrière Schlesser? Pélichet bien sûr!

Mais Pélichet fait une erreur de nav’, son point faible semble t’il, et Shibalov le repasse. Magnifique Shibalov! Magique Shibalov! Il est possible qu’il termine devant toutes les autos sauf celle de Schlesser, et devant toutes les motos sauf celle de Dubois… Devant, d’ailleurs, à moins de 10 km du Russe, Schlesser vient de passer Dubois, le motard de tête.

Esquirol, le navigateur, a intérêt à ne pas se mettre à jardiner! En tous cas, on traverse une sacrée zone de turbulences, on roule à la perpendiculaire du sens des dunes, comme un bateau qui prendrait les vagues de face… Bref, ça secoue et on n’avance pas, un Schlesser à 19km/h ce n’est pas croyable et pourtant! Plus loin, c’est zéro km/h… Shabilov est peut-être en train de gagner le scratch, Pelichet est arrêté, loin derrière.

Il est à 700 mètres de la moto de Dubois et à 10 km derrière l’auto de Schless », alors qu’il est parti six minutes derrière lui… Schlesser repart très vite, plantage, crevaison, il nous le dira plus tard… On repart en arrière, côté camions, Tomecek, dont René Metge nous a dit avant hier qu’il était excellent dans le sable, tient la dragée haute à Elisabete Jacinto.

D’un autre côté, la Portugaise et son Man ont deux heures d’avance sur le Tatra… Devant, dans une partie totalement défoncée de la piste, un franchissement de folie, Schlesser s’arrête encore. On est en train de grimper un gros truc, peut-être le fameux col indiqué par Metge au briefing.

Dubois roule à 9 km/h, c’est dire si c’est Verdun (sans les morts heureusement…) a 13h05 local time, 14h05 heure française, Shibalov a passé Dubois et Schlesser… Il est seul en tête. Comment dit on « quel pied! » en russe? Comme ça: ?????????? !

On retrouve de la bonne piste et on envoie, très largement au-dessus de 130km/h! On est à moins de cent km de l’arrivée. Jean Louis Schlesser est à deux km derrière les Russes. 13h36, Schlesser est repassé physiquement devant le Kamaz, il était temps, on est à trente km du finish…

Mais ne pas oublier que le camion est parti six minutes derrière le buggy… Question camions d’ailleurs, Tomecek est second, devant Kovacs et Jacinto qui a peut-être déjanté, parce qu’elle est obligée de dégonfler beaucoup pour « motricer », n’ayant pas assez de puissance pour passer le sable en force. Devant, à 13h05, Jean Louis Schlesser coupe la ligne d’arrivée le premier. Et il reste évidemment, et de loin leader de la catégorie au classement général. Environ six minutes plus tard, le Kamaz passe la ligne d’arrivée.

Nous sommes bien d’accord, il s’agit ici d’ordre de passage, l’Iritrack n’est pas précis à la minute près, loin de là. Pour les chronos officiels, il faudra attendre qu’on les ait reçus ce qui peut prendre, comme le refroidissement du fût du canon de Fernand Raynaud, « un certain temps »…

(A suivre pour classements et interviews…)

Jean Louis Bernardelli


Photos Alain rossignol/Desert run


 


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