09-10-2013 14:57 - Mohamed El Kébir Bâ, membre du Bureau fédéral de la fédération mauritanienne de football dans une interview exclusive:
'Aujourd’hui, seuls les présidents de clubs de D1, tant que leurs clubs seront dans l’élite, et quelques personnes triées sur le volet, peuvent prétendre diriger la FFRIM'
Le Calame : En dépit de la forte réprobation de plusieurs acteurs sportifs, l’Assemblée Générale de la FFRIM, qui s’est tenue le week-end dernier, vient d’adopter les textes controversés qui permettent à son président, si l’on en croit son opposition au sein de la fédération et en dehors, de « bétonner » son fauteuil à vie, dans le sillage du camerounais Issa Hayatou à la CAF. Qu’apportent ces textes de nouveau?
Mohamed El Kébir Bâ : Je vous remercie tout d’abord, pour l’occasion que vous me donnez de m’exprimer sur un sujet tant attendu. Les nouveaux textes de la FIFA ont pour objectif, de se mettre en conformité avec les dispositions de la Loi relative aux Sports, avec les statuts types des fédérations sportives, ainsi qu’avec les statuts types de la FIFA.
Il est tout à fait légitime de laisser libre cours à son imagination. Car l’adoption des nouveaux statuts par la FFRIM s’est faite sans concertation préalable avec les acteurs du football mauritanien (la tutelle et les membres de l’Assemblée Générale de la FFRIM). Le fait accompli a prévalu.
Les articles de ces nouveaux textes ne sont pas tous mauvais. Certains sont même salutaires pour le football mauritanien. Par contre, d’autres sont tout simplement inconcevables parce que discriminatoires. Je pense à l’article 10 et à l’article 38, alinéa 2. Ces deux articles sont tout simplement discriminatoires. L’article 10 exclut les Clubs de deuxième Division de l’Assemblée Générale de la FFRIM ; et l’article 38 restreint le nombre de candidats à la Présidence de la FFRIM.
Imaginons juste, à la veille des élections générales prochaines dans notre pays, que l’on décrète unilatéralement que les populations de Nétegue, Sebkha ou Socogim PS, sont déchues de leur droit de vote tout simplement parce qu’elles sont victimes des inondations. Ou bien que désormais seule une certaine catégorie de personnes bien nanties puisse être candidate à des postes électifs. Comment interpréteriez-vous de telles décisions?
Quels constats tirez-vous de ce qui s’est passé? Et quelles sont vos craintes ?
Ce qui est à craindre, c’est que des jeunes soient livrés à eux-mêmes car les éducateurs et les dirigeants qui les encadraient, sont rayés du football mauritanien.
Seuls un ou deux Clubs de D1 possèdent un Centre de Formation digne de ce nom, dans notre pays. Par contre, ce sont les Clubs de D2 qui produisent les jeunes joueurs que l’on retrouve plus tard dans les Clubs de D1, et en Equipes Nationales. Que vont devenir maintenant tous ces jeunes de la périphérie de Nouakchott et à l’intérieur du Pays ? A quoi vont-ils consacrer leur temps ? Ne vont-ils pas répondre aux sirènes de ces extrémistes en tout genre ?
Dans certaines Wilayas, les Ligues n’auront plus leur raison d’être car il n’y existe aucun Club de D1 mais seulement des Clubs de quartier ou des Centres de Formation.
Aujourd’hui, seuls les Présidents de clubs de D1, tant que leurs Clubs seront dans l’élite, et quelques personnes triées sur le volet, peuvent prétendre diriger la FFRIM.
Donc seule une poignée d’individus présidera aux destinées de notre football, dont les moyens de l’Etat permettent le développement. La FFRIM vit en partie de l’argent que lui versent les pouvoirs publics auxquels la FIFA reconnait le droit de contrôle.
Selon les détracteurs du président de la FFRIM, le football mauritanien semble désormais être pris en otage. Partagez-vous cela?
Je ne connais, ni ne fréquente les détracteurs du président de la FFRIM car seuls les principes m’importent et c’est pour cela que je me bats. Et c’est le sens de mon combat et de ma démarche pour faire avancer notre football. Ce serait dommage que le président de la FFRIM ou le football mauritanien soit pris en otage par un système ou par des hommes mus par leurs propres intérêts.
Je fais partie de ceux qui pensaient qu’à notre prise de fonction, en juillet 2011, nous allions contribuer à changer les mentalités et insuffler du sang neuf pour contrecarrer les « inamovibles » et leurs méthodes obsolètes. Que nenni ! L’effet inverse s’est produit, malheureusement. C’est pourquoi j’ai pris mes distances pour ne pas avoir à cautionner des pratiques et des politiques qui, à mon humble avis, ne font pas avancer le football dans notre pays.
Fait notoire, les nouveaux amendements écartent de la sphère footballistique, surtout au niveau décisionnel, les clubs de deuxième division. Bizarrement, les dirigeants de ces structures se sont rangés du côté de celui qui les a écartés. Comment expliquez-vous cela ?
Il y un paradoxe qu’il faut souligner ici. En 2009, nous avions, avec l’actuel président de la FFRIM, défié l’ancien président de la FFRIM, à cause de mesures rétrogradant trois clubs, de la 1ère à la 2ème Division (Dar El Barka, ACAS Teyarett et Dar Naim). Cette fronde que nous avions menée, tous les deux, contre cette mesure, nous avait apporté la sympathie des acteurs du football et de l’opinion mauritanienne, et conduisit naturellement à notre succès à l’élection du 28 juillet 2011. Là on ne défend plus trois clubs, mais on en exclut le quintuple.
Les clubs de D2, qui avaient contribué pour beaucoup à l’élection du nouveau bureau, dont les membres sont devenus amnésiques, ont voté cette fois-ci pour leur exclusion des organes d’orientation et de gestion de notre football. Même si les dirigeants de la FFRIM ne leur ont pas assuré un retour d’ascenseur pour des calculs qu’ils sont seuls à connaitre, les dirigeants des clubs de D2 sont tout aussi responsables de cette situation, par leur approbation des nouveaux statuts les excluant.
Les explications du président de la FFRIM, qui fait endosser la responsabilité sur la FIFA quant à l’introduction des critères d’éligibilité à la présidence de la FFRIM et la suppression du droit de vote aux clubs de deuxième division tiennent-elles la route ?
De mon point de vue, c’est chercher un bouc émissaire et jeter de la poudre aux yeux pour endormir l’opinion et lui faire croire des contrevérités.
La FIFA, organisation préconisant des valeurs d’éthique, de démocratie et de fairplay, ne peut imposer à aucune association, des actes discriminatoires. Le 6 septembre 2011, l’Assemblée Générale de la Fédération Mauricienne de Football, avait rejeté par 16 voix contre 14, les nouveaux statuts, devant… un représentant de la FIFA, le Suisse Primo Corvaro. Il n’y a eu aucune trace de suspension contre l’Ile Maurice. Les Statuts n’ont été adoptés que le 17 mars 2013 par consensus, après des négociations.
Nous aurions été mieux inspirés d’organiser, sous l’égide de notre Ministère des Sports, les Etats Généraux du football et discuter avec tous les acteurs, des nouveaux statuts préconisés par la FIFA. Une solution consensuelle en serait sortie, avec des mesures accompagnant toutes les parties. Malheureusement tel ne fut pas le cas. Et certains d’entre nous n’ont reçu le courrier et les documents de travail que dans la salle au cours de l’Assemblée Générale en violation des règles de procédure.
Depuis une année, vous êtes en retrait de la FFRIM où vous n’êtes plus en odeur de sainteté avec vos anciens amis. Comment en vous êtes arrivés là ? Que reprochez-vous à l’équipe dirigeante ?
Je refuse le diktat, la suffisance et le mépris. Les décisions ayant trait au football mauritanien doivent être prises en collégialité et non unilatéralement. Au Bureau Fédéral, les points de vue de tous les membres doivent être étudiés et analysés pour être pris en compte. J’ai été diabolisé parce que je ne suis pas d’accord sur certaines méthodes et décisions qui à mon avis ne militent point pour le développement de notre football.
Et pourtant, j’ai joué ma partition en sillonnant tout le pays et en mettant à la disposition de mes amis, mon carnet d’adresses, au plan national comme au plan international, pour que nous remportions l’élection grâce au soutien de tous ceux qui ont cru en notre Projet. Je ne reviendrai pas ici sur mon apport lors de la campagne pour notre élection à la tête du football mauritanien, l’Histoire s’en chargera.
Il se dit que vous avez débloqué une situation cocasse à Casablanca, lors du déplacement des Mourabitounes à Valence. Qu’en est-il ?
Effectivement le 8 Août dernier, en partance pour Rabat pour raison professionnelle, j’ai rencontré à l’aéroport de Casablanca le Secrétaire Général de la FFRIM et le Responsable de la Délégation devant conduire notre Equipe Nationale à Valence pour un stage et des matches amicaux contre le Canada. La Délégation avait raté sa correspondance pour Valence et ne disposait pas de visas d’entrée au Maroc et devait donc attendre 24 heures en zone internationale.
J’ai immédiatement saisi notre Chargé d’affaires à Rabat et rendu compte à l’Honorable Président du Sénat (Mr Mohamed El Hacen EL HADJ, Ndlr), qui m’a donné les instructions nécessaires pour débloquer cette situation.
C’est ainsi que j’ai pris contact avec les autorités de l’aéroport de Casablanca afin que notre Equipe Nationale soit autorisée à sortir et se rendre à l’Hôtel.
Je n’ai quitté l’aéroport qu’après la sortie des joueurs et leur départ pour l’hôtel.
Je n’ai fait que mon devoir de responsable patriotique face à des jeunes désemparés, en terre étrangère. Il y allait de l’image de la Mauritanie car l’Equipe Nationale de Mauritanie, vient avant toute autre considération.
A vous de juger si mon action est celle de quelqu’un ayant une quelconque animosité vis-à -vis des dirigeants actuels de la FFRIM.
L’Equipe Nationale justement, que pensez-vous de ses bons résultats ?
Ces résultats sont tout simplement magnifiques. Cette qualification au CHAN, une première pour notre Nation, et ces résultats qui modifient positivement notre classement, font notre fierté. Tous les Mauritaniens y ont contribué.
Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould ABDEL AZIZ, malgré les dossiers urgents du moment, a su aménager son agenda pour se rendre, en personne, à deux reprises au Stade, pour réitérer ses encouragements et son soutien à l’équipe; ce que de mémoire de supporters, le stade n’a pas enregistré depuis fort longtemps. Sa présence effective a été un facteur mobilisateur et un stimulant pour les joueurs.
Le Ministère des Sports à mis à la disposition de la FFRIM, les moyens qui ont permis l’atteinte des objectifs.
Les entraineurs et autres éducateurs ont contribué à la formation de joueurs qui ont su porter fièrement les couleurs nationales. L’entraineur national, M. Patrice NEVEU a su façonner et gérer un groupe, et apporter cette valeur ajoutée qui nous manquait.
Le public mauritanien a, par sa ferveur, encouragé son équipe et l’a poussée au-delà de ses limites.
Le résultat de nos Equipes Nationales, est collectif. Il n’est pas l’apanage d’un seul homme ou de la seule Fédération. Donc qu’on ne vienne pas faire un holdup du résultat de plusieurs efforts combinés et tirer la couverture vers soi.
Un dernier mot ?
Il est temps que la navigation à vue et les invectives cèdent la place au professionnalisme et que les véritables acteurs du football restent concernés et puissent donner leurs avis pour un meilleur devenir de cette discipline. Aucune discrimination ne doit être tolérée dans les aires de jeu encore moins au niveau des clubs formateurs de jeunes.
Bonne chance à nos équipes nationales, avec l’espoir que les Mourabitounes continuent à nous faire rêver par leurs exploits techniques sur les terrains.
Vive la famille du Football unifiée dans sa diversité. Vive le sport. Vive la Mauritanie.
Propos recueillis par Ahmed Oud Cheikh
