29-07-2013 03:10 - Leçon mauritanienne
Notre équipe nationale locale sort du Top 16 africain avec son élimination du Chan 2014 par la Mauritanie. Battu par deux buts à zéro à Nouakchott, le Sénégal continue sa descente aux enfers au plan local africain. La Mauritanie entre dans l’Histoire.
Le football professionnel est-il ici un mirage ? La belle perd de sa superbe au fil des années. Réduit presque à un vain mot, le professionnalisme est loin de répondre à ses objectifs premiers. Le Sénégal est toujours loin de titiller le sommet du football africain.
Ses derniers résultats enregistrés sur le continent, tant en club qu’en sélection, lui font toucher le fond. Le football local est à l’agonie et fonce tout droit vers les abysses. Il recule et recule encore quand les autres progressent.
Hier, la Gambie sortait le Sénégal sur la route d’Angola 2010, aujourd’hui la Mauritanie prive les Lions locaux d’une troisième participation au Championnat d’Afrique des Nations, « Afrique du Sud 2014 ». L’heure est à l’introspection.
Le professionnalisme tant chanté du Sénégal est-il pure illusion ? L’amateur mauritanien a infligé une cinglante leçon aux professionnels sénégalais à Nouakchott, ce 20 juillet, date d’entrée des « Mourabitounes » dans l’histoire du football international. La sélection locale a produit un jeu décousu, déstructuré, attentiste, sans plan ni élaboration.
A Dakar comme à Nouakchott, Demba Ramata Ndiaye n’a pu résoudre l’équation mauritanienne, quand bien même le Sénégal avait obtenu gain des trois points à domicile (1-0). L’on voudrait lui accorder des circonstances atténuantes en disant qu’il n’a pas eu de regroupement, ni de match amicaux, qu’on s’embourberait. Le vrai problème réside dans la conception.
Le ver est dans la politique de sélection. A la continuité, Demba Ramata Ndiaye a choisi le renouvellement de son effectif, en gardant seulement trois joueurs d’expérience internationale. Pourtant, il est le premier à l’énoncer en tirant les raisons de l’échec. « Il ne suffit pas de faire une constellation de jeunes talents et de la jeter dans la bataille.On a vu la différence entre une sélection et une équipe », analyse lui-même Demba Ramata Ndiaye. Mais à qui la faute ? Au coach national. Il est chargé d’élaborer un plan de préparation et de décliner les besoins pour mener à bien sa mission.
L’entraîneur a manqué de poigne et de vison en acceptant de conduire une équipe sans préparation, attentiste et peu entreprenante. Pis, en déclarant dans la presse que « la Mauritanie aurait eu des difficultés face au Jaraaf, au Casa… », il avoue son échec, son manque de professionnalisme. Rien ne l’empêchait de s’entourer de joueurs issus de Diambaars, Jaraaf et autres.
En tenant un tel discours, Demba Ramata, maître de la sélection, affiche ses limites à manager une équipe nationale. Ou est-ce la déception qui lui fait perdre la raison, après constat de son impuissance à contenir le jeu mauritanien ?
Sur les 120 mn, les joueurs de Patrice Neveu ont tenu la balle et se sont offert les meilleures occasions à Dakar. A Nouakchott, dopés par la présence du président Abdel Aziz, ils ont humilié leurs adversaires sénégalais en faisant le jeu et marquant deux buts.
Maintenant, il faut arrêter de se mirer dans le passé. Le présent appartient à ceux qui travaillent. Aux nations qui ont un plan de développement sportif et non aux dirigeants hâbleurs, polémistes, va-t-en guerre et sans vision. L’avenir est dans la formation et la culture d’équipe. Seul gage du football local pour atteindre le haut niveau africain : « Désormais, il faudra mieux motiver les joueurs et se mettre très tôt au travail », recommande le défenseur Badara Ndione.
Mais, cette élimination des Lions locaux ne fait que confirmer l’absence de politique de développement de notre football, où l’exode et le manque de moyens financiers et infrastructurels pousse le Sénégal à se refugier dans la politique binationale pour se qualifier en Coupe d’Afrique.
Au moment où ses clubs ne franchissent plus la phase des préliminaires, presque toujours recalés par les équipes gambiennes. Et voilà que la Mauritanie vient faire obstacle à une troisième participation au championnat d’Afrique.
Ainsi, le mal est plus profond. Augustin Senghor devra expliquer à l’Ag les raisons d’une telle déroute. L’élimination redistribue les cartes et offre des points à ses adversaires. Ce revers va porter un sacré coup à la candidature du président de la Fédération sénégalaise de football, en route pour un deuxième mandat, en août prochain.
Son projet de réélection en prend un coup avec cette élimination du Sénégal au Chan 2013. Mais déjà , il fait inscrire une nouvelle ligne dans le programme quadriennal du futur président de la FSF. Dont la mission sera, de concert avec son homologue de la ligue pro, de définir les voies et moyens pour sortir le football local de l’enfer.
Bourreau, naguère, voilà que le Sénégal est devenu la passerelle qui mène Gambiens et Mauritaniens à la cour des grands d’Afrique. N’est-ce pas Ahmed Yayha, président de la Fédération mauritanienne de football : « La Mauritanie est là , comptez-nous parmi vous ! ».
Boly Bah
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