26-07-2013 11:10 - Clin d’Oeil de Beyrouk : Samedi de folie
Samedi de folie. Les gens qui hurlent dans les rues et les foyers. Les processions de voitures à n’en pas finir. Les jeunes qui se trémoussent, les plus vieux qui s’oublient et s’enflamment, les drapeaux qui s’agitent partout, les klaxons, et le ciel qui, lui aussi, on dirait s’enflamme.
Tout le pays est en liesse, pour une fois on se frappe la poitrine du poing et on crie sa fierté d’entre ce qu’on est .Parce qu’un ballon rond poussé par un pied habile est allé rejoindre un filet tremblant !J’ai toujours eu en horreur les enthousiasmes faciles, les nationalismes primaires m’ont paru toujours suspects, et les enthousiasmes populaires empreints de vulgarité.
Mais le Samedi, j’ai, moi aussi sauté de joie. Au Diable, donc toutes les retenues de l’esprit, à moi les étourdissements sacrés de l’instant !
Parce que c’est vrai, on n’a pas toujours beaucoup de raisons de s’exalter ici, de laisser crier nos cœurs. Pourquoi se priver des ivresses patriotiques alors que la vie nous offre si peu d’occasions pour rêver ?
Notre scène politique est des plus ternes, nos hommes politiques sont les plus ennuyeux du monde, ils débitent les même phrases préfabriquées, nos artistes ne sont pas légion, et ils sont habités par une sclérose déjà centenaire, nos artisans produisent les mêmes figures depuis des temps immémoriaux, nos intellectuels répètent les discours qu’on entend chaque jour sur les ondes de toutes les chaines du monde, et notre presse ne rapporte plus que ce que nous avons déjà entendu dans nos salons.
Les « Mourabittounes » eux nous ont offert le cadeau le plus précieux : commencer à croire en nous, s’affirmer en tant que nation, bomber le torse un peu. Ce n’est pas tous les jours qu’on gagne. Ce n’est pas tous les jours qu’on met un pied en avant. Notre qualification au Championnat d’Afrique est historique : parce qu’en 50 ans nous nous sommes habitués à rester bons derniers, parce que personne ne nous attendait, et parce qu’enfin notre drapeau va apparaître sur les grands stades et sur presque tous les petits écrans.
Et demain, nous pourrons s enfin rêver d’autre chose, pas seulement être présents dans une compétition africaine, mais la gagner aussi.. Pourquoi pas ? Oui, aller plus loin, gagner encore.
Je crois que les jeunes qui ont pris en main le destin de notre Fédération de Foot et aussi ces nouveaux joueurs là , décomplexés, plus confiants en eux même peuvent accomplir encore plein de choses,…si les politiciens et les envieux les laissent travailler
Un ami à moi qui aime exagérer en tout a affirmé ce soir là : « ces garçons là ont plus fait pour l’image du pays que les Ministères des Affaires Etrangères, de la Culture ou de la Communication, en cinquante ans » Pour une fois, je n’ai pas souri en l’entendant.
C’est vrai, nos diplomates sont des vacanciers, notre Ministère de la Culture administre au lieu de créer, notre Ministère de la Communication …J’aime pas en parler….Par contre, ces jeunes représentent un esprit nouveau : ils aiment gagner.
Ce n’est plus le ronronnement bêlant des anciennes Fédérations : « l’essentiel est de participer ».Non, c’est une nouvelle volonté : « l’essentiel c’est de gagner ».
Cet esprit, si l’on veut continuer à réellement s’affirmer en tant que nation doit baigner tout notre corps politique social et économique. Essayons d’être parmi les meilleurs. Ne nous définissons plus.
Comme des éternels vaincus, mais plutôt comme de potentiels gagnants, laissons nous habiter par une certaine forme d’orgueil, celle qui pousse aux victoires et qui rejette les défaites.
M'Bareck Beyrouk
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