11-03-2012 08:56 - Exclusif / Patrice Neveu, sélectionneur des Mourabitoune : «Je demande un peu de temps...
... et de patience aux supporters… ».
Le français, Patrice Neveu est le nouveau sélectionneur des Mourabitoune, l’équipe nationale de football de la Mauritanie. Son objectif : qualifier la Mauritanie au CHAN 2014 et à la CAN 2015. Les mauritaniens qui rêvent de voir leur équipe nationale dans les phases finales des compétitions continentales, attendent beaucoup du nouveau sélectionneur. Où en est-il après un peu plus d’un mois de sa prise de fonction ? Entretien.
CRIDEM : Vous êtes sélectionneur des Mourabitounes, l’équipe nationale de football de la Mauritanie depuis un peu plus d’un mois. On ne peut pas parler de bilan mais comment ça évolue ?
Dès mon arrivée, j’ai commencé à mener des actions au niveau des catégories de jeunes, notamment les U20 (moins de 20 ans). J’ai ainsi supervisé 140 à 150 jeunes joueurs. Avec mon adjoint, Monsieur Mody, j’ai voulu une certaine crédibilité, une certaine visibilité pour notre sélection en donnant la chance à tous les jeunes.
C’est pourquoi, même des joueurs du foot informel ont participé à la détection. Finalement, pour les U20, nous avons retenu 20 joueurs qui représenteront la Mauritanie le 15 du mois courant en Tunisie dans le cadre des matchs qualificatif de la coupe arabe de cette catégorie. Je signale que dans cette équipe des U20, j’ai intégré sept de la catégorie des moins de 17 ans qui sont performants. Les U17 en effet travaillent eux depuis six mois, ils sont donc plus rodés au niveau technique et physique.
J’ai supervisé beaucoup de matchs de deuxième division et, pratiquement, toutes les équipes de première division. C’est dans l’objectif de présélectionner très prochainement une trentaine de joueurs pour l’équipe locale
Concernant maintenant l’équipe A qui représentera la Mauritanie à la coupe arabe des Nation qui aura lieu au mois de juin, je me rendrai en avril en France pour y rencontrer les mauritaniens qui évoluent dans des clubs de première division européenne. Nous essayerons de les convaincre de venir jouer pour leurs pays.
CRIDEM : Vous avez suivi des matchs de première et deuxième division seulement à Nouakchott ?
Je suis allé à Nouadhibou pour y suivre des rencontres sur place. Je peux vous dire qu’au niveau national, il y a quatre a cinq équipes de bon niveau. Faute de moyens, les autres équipes sont moins solides. Mais l’objectif étant de ratisser large, on va essayer de voir tout car une équipe de qualité inferieure peut contenir quelques bons joueurs.
CRIDEM : Vous avez récemment par voie électroniques lancé un signal aux joueurs mauritaniens expatriés. Quel est le résultat de cet appel ?
J’ai reçu depuis lors 50 courriers. Maintenant je dois décrypter ces courriers tout en sachant qu’il y a des joueurs dans des divisions inferieures en France, au Luxembourg et en Belgique. Je verrai ces joueurs, je l’espère dans un rassemblement au mois de juin en Europe. L’ouverture sur internet a été intéressante. Mais comme c’est l’équipe A, je ne prendrai que des joueurs de qualité supérieure à ceux qui évoluent au pays. Je ne prendrai pas de professionnels evoluant en Europe s’ils sont moins performants que les joueurs locaux. Nous avons quelque grands nom qui évoluent en Europe. Il faut maintenant que j’arrive à les convaincre d’intégrer l’équipe nationale.
CRIDEM : Pouvez-vous citer quelques un de ces grands noms.
Sangaré du PSG qui évolue maintenant a Dijon en première division, Adama Ba qui est a Brest, Guidileye, également a Brest, Oumar Dieng a Metz…
CRIDEM : L’objectif est de qualifier les mourabitounes au CHAN (championnat d’Afrique des nations) en Afrique du Sud en 2014, comment ça se prépare ?
Dans un premier temps, superviser les joueurs, ensuite faire de stages, des regroupements, les faire travailler comme ça s’est fait avec l’équipe de la Zambie. Il faut augmenter le potentiel physique et tactique des joueurs et organiser des matchs amicaux. Avec ceux que j’ai déjà supervisés, on doit être capable d’avoir une équipe compétitive. Mon souci c’est le temps avec les dates des compétitions qui approchent et, le travail, avec tout ce qu’il y a à mettre en place au niveau des jeunes, est énorme.
J’irai en Tunisie pour apporter mon expertise au U20, ensuite je vais continuer avec eux en Algérie pour participer a un tournois. Je reviendrai à Nouakchott avant d’aller voir les professionnels en France.
CRIDEM : Vous avez une expérience en Afrique, notamment en Guinée et ailleurs, comparer à la Mauritanie, dans les stades, est-ce le même engouement, la même ambiance ?
Malheureusement, non. Je pense que tout vecteur de communication sera le bienvenu pour mener a bien notre projet qui est de redonner tout l’intérêt au foot national en Mauritanie. Les mauritaniens, comme tous les africains, sont passionnés de foot. Moins passionnés cependant par leur équipe nationale par rapport à certain pays. Je pense qu’ils traînent sans doute derrière eux de grosses déceptions.
Maintenant, c’est à nous de leur montrer que nous sommes entrain d’engager un travail sérieux avec l’appui du chef de l’État, de la fédération et le soutien de la FIFA. Ainsi, rapidement, ils pourront s’identifier à leur équipe nationale. Parce qu’ils ont été frustrés par des résultats passés, les gens ici sont beaucoup plus intéressés par les championnats européens ou autres que par leur propre championnat. Mais à la fin de ce championnat, il y aura des vainqueurs qui vont aller défendre la Mauritanie aux compétitions africaines. Ces clubs, en ce moment, devront sérieusement préparer ces compétitions pour bien représenter leur pays.
La passion est donc là dans les cœurs mais elle est en attente. Si on montre que le travail est propre et bien fait, les mauritaniens, je suis sur, reviendront dans les stades.
CRIDEM : On sait qu’en Afrique, au-delà des fédérations, l’équipe nationale est une affaire d’État, avez-vous senti la même chose en Mauritanie ?
Récemment, le président de la République a rencontré les responsables de la fédération. Il (le président de la République) leur a formulé son soutien et a donné des garanties par rapport a l’investissement de l’État. Mais encore une fois ce sont les résultats et les actions qui seront menées qui vont être porteurs. Oui, il faut que ça devienne une affaire d’État car sans l’État, on ne peut pas réussir. Je pense que l’État mauritanien a montré sa volonté en participant à la signature de mon contrat et en rencontrant les membres de la fédération.
CRIDEM : Vous êtes en Mauritanie, un pays que vous ne connaissiez pas, humainement comment ca se passe, comment trouvez vous ce pays ?
Pour moi ça se passe tres bien. J’ai de bons contacts avec les populations. Avec les entraîneurs ça se passe bien, seulement, au départ, mes obligations et mon caractère assez rigoureux, exigeant beaucoup d’investissements aux autres, a crée quelques grincements de dents. Mais ça c’est tout a fait normal et ils ont tous accepter cette volonté de me suivre et de suivre le projet. C’est à moi aussi de montrer l’exemple, c'est-à -dire de donner le maximum de ma personne en étant présent.
La Mauritanie, c’est un pays africain proche du Mali, du Sénégal, de la Tunisie, du Maroc…avec une culture appréciable. Personnellement, je vis très bien ici, je suis à l’aise.
L’important pour moi, c’est la patience. Le foot mauritanien ne pourra avancer que si les investisseurs potentiels le soutiennent, soutiennent les clubs et la fédération. Tout le monde a à y gagner. Il y a de grandes sociétés implantées en Mauritanie. Je pense que la logique veut que ces sociétés soutiennent le foot qui est extrêmement porteur pour fédérer les gens et faire fonctionner un pays dans la joie et la bonne humeur.
Je demande aussi un peu de temps et de patience aux supporters tout en sachant que le temps s’écoule en notre faveur en y mettant bonne dose de travail comme c’est fait actuellement. J’ai conscience de la difficulté du challenge mais j’ai conscience aussi que je peux le relever si toutes les parties prenantes gardent le rythme de départ. Donc il faut être patient et y croire.
Propos recueillis par Khalilou Diagana
